Comment participer
« Toc,toc!... (pause)... Toc, toc, hé! » Je grogne en mettant les pieds à terre et j’enfile mes babouches. En me dirigeant vers la porte, j’attrape mon « lappa » que j’enroule autour de moi en passant dans le halo de lumière projeté par la lanterne au kérosène. J’aperçois sur le perron Pa Malley, gardien de nuit de l’hôpital. Après les salutations d’usage, Pa Malley me remet une note de Pa David, infirmier diplômé d’état chargé de l’hôpital. Ça ressemble bien gros à une autre césarienne d’urgence. J’envoie Pa Malley porter des notes au médecin-chirurgien et à l’assistant en chirurgie. Je le charge de dire à Pa David que « j’arrive ». En retournant m’habiller dans ma chambre, je sens soudain des centaines de piqûres au bas du corps. Je crie, j’arrache mon lappa et je fais un peu plus de lumière. Oh non! Je viens tout juste de marcher sur une file de fourmis légionnaires. Je m’agite en piétinant le sol de béton. Cris et battements de pieds ne réussissent pas à déloger les fourmis. Je dois les enlever une à une avant de me précipiter à la salle d’opération pour aider à l’accouchement. »
(Souvenirs d’une nuit de 1979 à Kamakwie, Sierra Leone.)
Les quatre années que j’ai passées en Sierra Leone comme infirmière d’état ont remis en question les idées que j’avais au sujet du travail et des loisirs, de la vie professionnelle et familiale, de la vie spirituelle et de la philosophie de la vie. Pour m’exprimer, j’ai trouvé la langue krio plus efficace que l’anglais, ma langue maternelle. La chaleur implacable de la saison sèche compensait l’humidité de la saison des pluies pendant laquelle tout reverdit. Le manque d’électricité et d’eau potable constituait un phénomène normal que je partageais avec mes voisins. J’ai appris à transporter tant bien que mal des « charges » sur ma tête et à faire la cuisine au grand air sur un foyer à trois pierres. Tous ces apprentissages sont parmi les plus précieux que j’aie acquis.
J’ai tant reçu sous forme d’hospitalité et d’amitié. Ces souvenirs continuent à marquer ma vie.
Hope Graham, infirmière canadienne qui aime les défis du
travail et
du dépaysement transculturels, est actuellement infirmière enseignante,
à l’Université St. Francis Xavier, Antigonish (Nouvelle-écosse)


